17ème Semaine du film français de Berlin

Avant-premières de films français à Berlin du 30 novembre au 7 décembre

De l'adaptation littéraire...quand le cinéma rencontre la littérature

A l’occasion de la deuxième journée du festival consacrée à l’adaptation littéraire, nous avons donné carte blanche à Lisa Chalvet, jeune blogueuse en 2015, pour évoquer ce sujet.

Qu’en est-il de la fusion du mot et de l’image, cette filiation de la littérature et du cinéma ?

L’art est une affaire de vision, déclarait André Bazin dans Pour un cinéma impur, défense de l’adaptation. Un cinéaste qui se contente de traiter un roman comme un synopsis poussé restera médiocre quel que soit l’œuvre choisie.

Les interactions entre les arts se sont toujours produites malgré le scepticisme régnant de l’analyse. Notre culture se méfie des images, encore plus lorsqu’elles découlent du dispositif cinématographique qui a cette puissance de prise et de plongée utopique. C’est une puissance émotive que le cinéma nous offre, capable de développer des moyens d’expression et de contestation nouveaux : dans les années cinquante et soixante la Nouvelle Vague et plus généralement, le cinéma indépendant ont achevé le geste esquissé par les avant-gardes : déchirer le rideau de la pré-interprétation, comme l’énonçait Milan Kundera dans Le Rideau, pour modifier notre perception et nous mettre en communication avec l’inaperçu ou le revers du monde.

Le cinéma enrichit, par l’échange, la littérature et inversement. Mais s’il faut parler d’échanges, on peut se demander quelle est la nature, quelle est la substance de ce qui s’échange : qu’est-ce que la littérature, au cinéma ? La première réponse qui nous vient est la structure narrative. Mais l’Ecole de Francfort nous pose la question de savoir si elle survie au changement de médium. C’est vrai, le texte ne dispose pas de la même fonction lorsqu’il revêt des images qui, elles, ne doivent rien à la littérature. Le cinéma nous donne à voir ce que le texte s’efforçait de dissimuler. Il est encore plus troublant de constater que le spectateur abandonne complètement la lecture pour s’abandonner au profit du rapport à l’imaginaire dans un film qualifié de littéraire.
Il n’en reste pas moins qu’une importance plus ou moins grande est accordé à la textualité dans le travail cinématographique. En témoigne la diversité des pratiques d’écriture qu’elle suscite avec des différences de style considérables. L’œuvre poétique de Jacques Prévert, les mots d’auteurs de Sacha Guitry ou Michel Audiard, les conversations quintessenciées d’Éric Rohmer, ou les patchworks de citations de Jean-Luc Godard en sont la preuve.

De plus, l’échange inter-art donne lieu à des rencontres inoubliables. En effet, certaines collaborations marquent l’histoire du cinéma d’une empreinte dont l’exclusivité ne peut être rapportée ni au cinéma, ni à la littérature, mais procède d’une interaction entre deux langages, et d’une double délégation d’autorité qui peut s’avérer très féconde. On pense ici à Wim Wenders et Peter Handke par exemple. Cette collaboration a attiré le cinéaste comme l’écrivain sur un terrain qui ne préexistait pas à leur rencontre.

Mais si la structure narrative ne survie pas au changement de médium, sur le plan des approches critiques, on peut dire que les échanges entre littérature et cinéma ont résisté à la sémiologie – Roland Barthes en convient : « Le filmique, c’est, dans le film, ce qui ne peut être décrit, c’est la représentation qui ne peut être représentée. Le filmique commence seulement là où cessent le langage et le métalangage articulé ».

Entre littérature et cinéma, il apparaît donc évident que les échanges ne se réduisent pas à la question de l’adaptation ; les points de rencontre se multiplient en se dispersant, pour se redisposer dans une configuration sans doute difficile à cerner, parce qu’elle prend place à l’intersection des pratiques.

Pourtant, les chiens de garde de la littérature traitent souvent l’adaptation cinématographique sous le seul aspect de ses écarts avec l’œuvre d’origine, de ses manquements par rapport à la matière romanesque, de son incapacité à en retrouver le style. Le but du cinématographe est pourtant rarement de retranscrire l’œuvre littéraire mais bien plutôt d’en donner sa propre vision.
En fait, le cinéma ne sait pas se passer de la littérature, il ne l’a jamais fait.
Le festival de la Semaine du film français nous rappelle encore une fois que cinéma et littérature n’en ont pas fini de se croiser et nous fait profiter de la fécondité des rencontres entre littérature et cinéma. Et pour œuvrer à de nouvelles adaptations, il faut se rendre sur le pavillon Books at Berlinale en février prochain où éditeurs, producteurs et agents se rencontrent.


Lisa Chalvet, jeune blogueuse du festival en 2015

Ne manquez pas aujourd’hui, à l’Institut français Berlin, les projections de films issus de l’adaptation cinématographique d’oeuvres littéraires :
- A tout de suite (14h00)
- Villa Amalia (16h00)